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CLINIQUEMENT VÔTRE

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La syphilis… saviez-vous que?

par Danielle Gélinas, infirmière-conseil, module maladies infectieuses, Agence de la santé et des services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue

Danielle Gélinas - ORIIAT

Pendant un temps, on a cru être en mesure d’éradiquer la syphilis, mais depuis une douzaine d’années, la syphilis infectieuse connait une véritable explosion. Cette résurgence est observée au Québec depuis le début des années 2000, avec une augmentation de plus de 10 fois le nombre de cas entre 2002 et 2010. La région de l’Abitibi-Témiscamingue n’y échappe pas.

Ce sont les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH) qui sont les plus touchés.

Le nombre de cas déclarés chez les femmes en âge de procréer augmente aussi sensiblement depuis 2009. Alors qu’il s’est écoulé une décennie avant qu’un cas documenté de syphilis congénitale revienne au Québec, voilà qu’en 2011 un nouveau-né en était atteint.

La syphilis est une infection bactérienne transmissible sexuellement et causée par le Treponema pallidum. On nomme souvent la syphilis « la grande imitatrice », en raison de la vaste gamme de symptômes que peuvent présenter les personnes infectées.

Manifestations Cliniques

syphilis eruption

1.     Syphilis primaire : chancre

  • Apparition de 10 à 90 jours après le contact infectieux (3 semaines en moyenne).
  • Ulcère le plus souvent unique, indolore sauf si surinfecté, aux contours réguliers, superficiel avec base indurée, jusqu’à 1 cm de diamètre.
  • Localisation au site d’inoculation : région génitale, anorectale ou oropharyngée.
  • Adénopathies régionales indolores.
  • Régression spontanée en 3 à 8 semaines.
  • Peut passer inaperçue.
syphilis eruption

2.     Syphilis secondaire : éruption 

  • Apparition de 2 à 12 semaines, parfois plusieurs mois, après la guérison du chancre.
  • Syndrome grippal.
  • Éruption cutanée diffuse, non prurigineuse, pouvant toucher la paume des mains et la plante des pieds.
  • Avec le temps, coalescence des lésions qui peut former des condylomes plats (condyloma lata).
  • Régression spontanée en
  • 3 à 12 semaines.
  • Peut passer inaperçue.

3.   Syphilis latente : asymptomatique 

L’histoire et la sérologie permettent de distinguer :

  • Syphilis latente précoce : moins de un an après le début de l’infection; peut être transmise.
  • Syphilis latente tardive : plus de un an après le début de l’infection.

4.     Syphilis tertiaire

Apparition chez 40 % des personnes non traitées, de 5 à 30 ans après la guérison spontanée du chancre.

  • Manifestations cardiovasculaires : anévrisme de l’aorte, régurgitation aortique, etc.
  • Manifestations cutanées et ostéoarticulaires : gomme syphilitique.
  • Neurosyphilis : démence, trouble de la démarche, pupille d’Argyll Robertson, etc.

Contagiosité

Syphilis primaire Période infectieuse
Syphilis secondaire
Syphilis latente précoce
Syphilis latente tardive Période non infectieuse
Syphilis tertiaire

Diagnostic

Sérologie en présence de symptômes suggestifs ET dépistage chez les personnes asymptomatiques présentant un comportement à risque.

Transmission

  • par contact sexuel vaginal, anal ou orogénital, avec ou sans pénétration : risque le + élevé
  • par transmission transplacentaire de la mère infectée au fœtus
  • par contact direct avec les exsudats des lésions de la peau et des muqueuses
  • par contact indirect (p. ex. jouets sexuels)
  • modes de transmission moins fréquents :
    • par transfusion sanguine lorsque des mesures de sécurité transfusionnelles ne sont pas appliquées (p. ex. dans certains pays étrangers)
    • lors du partage de matériel d’injection

La recherche sérologique de la syphilis est indiquée :

  • Pour toute personne présentant des symptômes suspects de syphilis.
  • En l’absence de symptômes, les personnes ayant un facteur de risque, soient :
    • personne ayant eu un partenaire anonyme ou plus de trois partenaires sexuels au cours de la dernière année
    • homme ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes
    • travailleur ou travailleuse du sexe
    • personne originaire d’une région où les ITS bactériennes, le VIH, l’hépatite B ou l’hépatite C sont endémiques, et qui est ou a été sexuellement active
    • personne ayant eu des relations sexuelles non protégées avec une personne appartenant à un des groupes mentionnés précédemment.
  • Femme enceinte
    • Bilan prénatal de base chez toutes les femmes enceintes.
    • Répéter le dépistage si on note une nouvelle exposition, la persistance d’un comportement à risque ou si le partenaire présente un facteur de risque.
  • Personne demandant un dépistage après un counseling prétest, même en l’absence de facteur de risque dévoilé.

Le jugement clinique pourrait mener à faire du dépistage dans d’autres circonstances.

Chaque infection détectée en cache d’autres. Il faut accentuer les efforts de prévention, de dépistage et traiter les personnes atteintes et leurs contacts, ainsi que dépister les personnes asymptomatiques. Briser la chaîne est un des rôles importants de toute infirmière SIDEP (Services intégrés de dépistage et de prévention), tant en milieu clinique qu’en milieu de proximité, finalement là où rejoindre les clientèles vulnérables.

Pour le détail des analyses de laboratoire, du traitement et du suivi sérologique, après le traitement, se référer à : www.espaceitss.ca.

Références

» espaceitsss.ca
» Site du Ministère

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TD