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CLINIQUEMENT VÔTRE

CLINIQUEMENT VÔTRE

Journée d’une infirmière en soins à domicile   

Amélie De Serres
Amélie De Serres

Situation connue, l’accès aux soins à domicile (SAD) est de plus en plus nécessaire, car la population vieillit et les problèmes de santé sont complexes. Le gouvernement mise sur les SAD pour favoriser l’autonomie de la population et surtout éviter des hospitalisations. Mais que se passe-t-il réellement dans ce milieu de travail qui allie compassion, débrouillardise, discernement et, surtout, dévouement? Voici le récit d’une infirmière qui travaille avec tout son cœur et sa passion pour le bien-être de sa clientèle.

Le SAD est une grande équipe ayant comme valeurs l’humour, l’entraide et le partage. Après avoir salué ma collègue de bureau, j’écoute mes messages téléphoniques. J’ai, entre autres, un appel de la conjointe très inquiète d’un usager qui vomit, est désorienté et perd l’équilibre. J’informe cette dame de ma visite aujourd’hui afin d’évaluer l’état de son mari. Je rassemble mes dossiers et mon matériel pour les soins.

Rapidement, je me dirige chez mon premier client pour une prise de sang. Il dit « chercher son air » depuis quelques jours. Il a pris deux kilos en une semaine. L’examen physique révèle un léger œdème à godet des membres inférieurs. En auscultant ses poumons, j’entends quelques crépitants aux bases pulmonaires. Il souffre d’insuffisance cardiaque droite et de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC). Heureusement, il a une ordonnance de diurétique au besoin. J’organise la livraison avec la pharmacie et je confirme au client mon retour dans une semaine pour évaluer sa capacité pulmonaire. Je l’invite à me recontacter au bureau si la situation ne s’améliore pas d’ici 48 heures. Dans ce cas, je le réévaluerai plus tôt.

Ma prochaine visite est chez une dame souffrant d’insuffisance veineuse et de diabète. Depuis 11 mois, je traite une plaie au membre inférieur gauche. Grâce à la compliance de la cliente, la plaie est en voie de guérison. La cliente se dit très reconnaissante de recevoir les services à domicile, car elle a perdu la quasi-totalité de sa vision et se déplace avec difficulté.

C’est l’hiver. Comme promis au téléphone, je parcours des kilomètres de route glacée pour me rendre chez ce client en phase palliative d’une néoplasie intestinale. Sa conjointe me raconte que, depuis la veille, son mari vomit un liquide brunâtre et nauséabond. Désorienté, il présente un trouble de l’équilibre. Après le questionnaire, je constate que le client n’a pas mangé depuis deux jours et n’a pas eu de selles depuis deux semaines. Je soupçonne une subocclusion intestinale. L’examen physique révèle un abdomen distendu sans bruits intestinaux et l’absence de selles dans l’ampoule rectale. J’en avise tout de suite le médecin de garde. Je rassure le client et sa conjointe. J’explique que j’installerai un dispositif sous-cutané dans lequel la dame injectera de l’octréotide. Ce médicament est une version synthétique d’une hormone naturelle appelée « somatostatine». En soins palliatifs, l’octréotide sert surtout à gérer la subocclusion intestinale. Je renseigne le couple sur le problème et les interventions à venir. Je reviendrai en après-midi lorsque la pharmacie aura livré les médicaments.

Je sais que je n’aurai pas le temps de faire toutes les visites prévues dans mon emploi du temps. Je termine avec un client ayant une ostéomyélite au pied droit. À mon arrivée, je constate la précarité des conditions d’hygiène du logement. Je cherche un endroit où m’installer pour refaire le pansement. La guérison de la plaie est très lente. Le soluté s’est infiltré et le client ne reçoit plus d’antibiotiques depuis la nuit dernière. Avec difficulté, j’installe un nouvel accès intraveineux. Je poursuis mon enseignement sur l’importance de protéger la plaie des infections et donne quelques conseils nutritionnels.

De retour du dîner, je rappelle les clients et les professionnels. Je télécopie une ordonnance téléphonique à la pharmacie et mes notes au médecin de famille du client en phase palliative. Quelques minutes plus tard, une réunion d’équipe sert à planifier et coordonner nos visites à domicile du lendemain. En fin de journée, je retourne chez le client pour préparer l’octréotide et expliquer le soin à la conjointe. Elle pleure, se sentant dépassée par les évènements. Je l’écoute et la rassure en lui disant que je ferai des recherches pour trouver de l’aide à domicile. Cela m’angoisse, car je sais que les ressources sont limitées, mais elle en a tellement besoin! De retour au bureau, je reçois un rapport d’une collègue au sujet d’un client à l’état instable. Ce soir, je serai de garde jusqu’au lendemain matin. J’espère que la nuit ne sera pas trop longue…

Voilà à quoi ressemble le quotidien d’une infirmière des SAD : un mélange d’émotions, d’empathie, d’écoute, d’exercice de jugement clinique et de coordination des activités et des soins, accompagné d’amour pour cette belle profession.

Amélie De Serres
Infirmière clinicienne en soins à domicile

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