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TENDANCES INFIRMIÈRES

TENDANCES INFIRMIÈRES

À L’AUBE DE LA PROFESSION 

Par Lorraine Lamontagne 

Un peu d’histoire

L’Abitibi-Témiscamingue (AT) a à peu près le même âge que l’OIIQ. Même si la colonisation débute au Témiscamingue à la fin du XIXsiècle, elle s’étend graduellement à l’Abitibi1, avec une première vague migratoire qui amène les colons à s’installer le long du chemin de fer et conduit notamment à la fondation des villes d'Amos en 1914 et de La Sarre en 1917. Une 2vague migratoire plus importante au cours des années 1920 conduit au développement de services de santé en région. L’ouverture des Unités sanitaires en 1926 donne alors accès à certains services médicaux en hygiène publique. C’est seulement en 1932 que quelques infirmières y sont affectées isolément (à Villemontel et à Rollet)2. Puis, à partir de 1934, à la suite de l’arrivée de 55 000 personnes en AT, le réseau des services de santé aux colons, incluant un service de garde-malades, est organisé par le docteur A. Lessard. Les infirmières de colonie deviennent « d’indispensables auxiliaires »3 du médecin. Elles ouvrent alors une cinquantaine de dispensaires dans la région pour prodiguer les soins aux colons. La plupart demeurent actifs jusqu’en 1970. Garde Gertrude Duchemin, de La Corne, a légué le Dispensaire où elle a travaillé et vécu le reste de sa vie pour en faire un lieu de reconnaissance de la profession infirmière et de l’évolution des soins de santé de cette époque. Le Dispensaire de la Garde a été reconnu Lieu historique national du Canada en 2004.

Parallèlement, les hôpitaux gérés par les religieuses offrent aussi des soins à la population. À cette époque, la communication entre les infirmières de colonie et le personnel des hôpitaux est fonctionnelle. C’est en 1970, avec la Loi de l’assurance-maladie que le Gouvernement du Québec achète les hôpitaux aux religieuses.

Bref portrait d’une infirmière d’ici

Hermine Mercure

 

J’ai eu la chance de m’entretenir avec Hermine Mercure qui fut la première directrice des soins laïque à l’Hôtel-Dieu d’Amos. Formée à l’hôpital de Verdun, elle réussit son examen de l’Université de Montréal et obtint sa licence (permis de pratique) en 1959. Son projet d’aller travailler en Alaska n’ayant pu se réaliser, elle débute sa carrière dans sa ville natale, comme assistante-hospitalière de jour au département des hommes. À cette époque, il n’y a pas beaucoup d’infirmières dans les hôpitaux et elle doit composer avec la résistance des infirmières auxiliaires qui y travaillent depuis longtemps.

En 1962, Mme Mercure intègre l’Unité sanitaire du secteur d’Amos où elle est la seule infirmière à y travailler. Elle participe aux campagnes de vaccination, elle effectue des visites à domicile, etc. Elle aide les infirmières de colonie, lorsque requis (journée pour les amygdales, dentiste, vaccination dans les écoles, etc.). À cette époque, il n’y a pas de salle d’urgence. Les infirmières de colonie qui ont besoin de recourir au médecin présentent la situation à l’infirmière de l’hôpital qui la transmet ensuite au médecin. Les patients qui se rendent par eux-mêmes à l’hôpital vont directement à l’étage et c’est l’infirmière qui « évalue » la nécessité de les faire voir par le médecin.

En 1966, Mme Mercure retourne pratiquer à l’Hôtel-Dieu d’Amos et y fait des remplacements. Puis, elle accède au poste d’assistante-directrice des soins. Pendant quelques années, elle occupe la fonction de directrice des soins. Elle quitte cette fonction pour aider son mari qui a acheté le service ambulancier à Amos. Durant cette même période, elle continue à faire des remplacements à la coordination de jour ou de soir. De plus, elle enseigne aux infirmières auxiliaires. Elle prend sa retraite en 2001.

Elle croit profondément à l’autonomie des infirmières et à la qualité des soins. Pour elle, le contact humain, la communication et le plaisir au travail sont essentiels.

Une de ses collègues infirmières raconte : « Elle (Hermine Mercure) s’est beaucoup investie dans différents domaines de la santé, et ce, avec beaucoup de passion. Elle disait toujours “J'aime ça, moi, la « gardemaladerie ». Elle était très débrouillarde, car il y avait très peu d’infirmières quand elle est arrivée et elle faisait des actes “nursing” très avancés. »

Hermine Mercure, par son autonomie et son souci à faire avancer la profession malgré les embûches, a laissé sa marque au sein du Centre hospitalier d’Amos. D’ailleurs, le Conseil des infirmières et infirmiers (CII) du CSSS Les Eskers de l’Abitibi a créé les prix Hermine afin de souligner la passion au travail et le professionnalisme d’Hermine Mercure. Ces prix ont été remis annuellement pendant plusieurs années à des infirmières et infirmiers qui se démarquaient particulièrement pour la qualité de leurs soins.

Référence

  • MARTIN Claire, L’infirmière de colonie en Abitibi-Témiscamingue, récit historique, La Corne, 1992, 194 p.

 

1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Abitibi-T%C3%A9miscamingue#Histoire
2 Martin, Claire, L’infirmière de colonie en Abitibi-Témiscamingue, récit historique, La Corne, 1992, p. 5.
3 Martin, Claire, L’infirmière de colonie en Abitibi-Témiscamingue, récit historique, La Corne, 1992, p. 16.

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