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TENDANCES INFIRMIÈRES

TENDANCES INFIRMIÈRES

Les États généraux de l’OIIQ – Une expérience enrichissante

Les États généraux de l’OIIQ : un thème accrocheur surtout lorsqu’il fait mention de l’expertise infirmière, sujet devenu incontournable dans l’ère actuelle des soins de santé. Dès que j’ai entendu parler de cet événement à l’AGAR de novembre 2019, j’ai ressenti un intérêt particulier à y assister, et ce, même sans savoir exactement en quoi il consistait. Toutefois, j’étais persuadée qu’il s’agirait d’une activité d’envergure dans laquelle l’évolution des soins infirmiers et l’avenir de la profession seraient au cœur du sujet.

Les États généraux de la profession infirmière – Historique des travaux 

A priori, les États généraux, qui se sont déroulés le 20 mai 2021 en matinée et le 21 mai 2021 toute la journée, étaient la dernière des quatre étapes de la démarche débutée à l’automne 2020. L’idée d’entreprendre un si long processus est venue de l’augmentation incessante des problématiques bien connues dans le réseau de la santé et de la préoccupation grandissante de l’OIIQ de pouvoir assurer des soins et des services de qualité. La pandémie de COVID-19 a contribué à mettre en évidence les failles dans le système de santé au Québec et le manque de reconnaissance de l’expertise infirmière. C’est pourquoi l’OIIQ tenait à entamer une tournée de consultation et d’audiences publiques afin de réfléchir collectivement sur l’avenir et l’évolution de la profession, toujours dans l’objectif d’offrir des soins optimaux à la population.

Pour ce faire, l’OIIQ et les commissaires indépendants ont mis sur pied un comité consultatif de 14 partenaires du réseau de la santé (ordres régionaux, associations, MSSS).

Aussi, l’objectif était d’impliquer la population dans les réflexions concernant la reconnaissance de l’expertise du rôle infirmier. Un comité citoyen de 19 membres a été créé, grâce à l’Institut du Nouveau Monde pour répondre à une question bien précise : « Croyez-vous que l’on peut mieux recourir aux compétences infirmières pour mieux soigner ? Si oui, à quelles conditions? Si non, pourquoi ? ».

De plus, autant la communauté infirmière que les partenaires du réseau de la santé et les citoyennes et citoyens étaient invités à faire entendre leur voix, leur préoccupation et leur vision des soins infirmiers pour le futur grâce à des commentaires, des avis ou des mémoires.

Tous ces travaux ont permis de déterminer les enjeux majeurs du réseau de la santé québécois et de proposer trois thèmes prioritaires pour les États généraux.

L’objectif de cet événement était de discuter, d’échanger et de réfléchir sur les trois grands thèmes suivants afin d’en arriver à un consensus de priorités d’action concernant les problèmes soulevés : 

Thème 1 : Champ d’exercice et contribution infirmière

Thème 2 : Innovation et spécialisation infirmières

Thème 3 : Formation initiale et développement professionnel

Enfin, au terme des travaux, les commissaires repartaient avec la lourde tâche de produire un rapport final portant sur la conclusion des échanges de priorisation. Il sera présenté au comité des partenaires à l’automne 2021 et, ensuite, rendu public.

Ma participation et mes impressions 

J’ai longtemps hésité à m’inscrire à l’événement. Je me demandais si j’avais vraiment ma place, si la participation et la voix d’une infirmière étaient vraiment pertinentes et faisaient le poids dans les échanges qui en découleraient. Finalement, j’ai eu la chance de faire partie des quelque 1200 personnes participantes provenant de divers secteurs (réseau de la santé, gestionnaires, syndicats, infirmières et infirmiers, citoyennes et citoyens) et j’ai pu discuter de façon assez surprenante de la profession et de l’expertise infirmière. De mon côté, je participais à l’atelier portant sur le thème 2, un choix à faire lors de l’inscription. J’ai eu la chance d’être jumelée avec une belle diversité de professionnels (personnel infirmier clinicien, conseillères et conseillers en soins infirmiers, IPS, gestionnaire d’un CISSS) de partout au Québec pour discuter des enjeux de l’innovation et de la spécialisation de l’infirmière ou l’infirmier. Notre travail consistait à mettre en commun nos idées sur le thème choisi et de proposer des pistes de solutions. Par exemple, à l’aide du cahier de la participante ou du participant, nous devions réfléchir sur la contribution des infirmières cliniciennes spécialisées et infirmiers cliniciens spécialisés dans le réseau de la santé actuel, sur la spécialisation infirmière ainsi que sur la contribution des IPS. Le problème bien connu du retard au Québec par rapport aux autres provinces canadiennes en matière de pratique infirmière avancée a aussi été soulevé, ce qui a mené à des discussions très intéressantes. Également, le fait qu’un seul titre d’IPS est reconnu dans la province et que leur nombre dans les unités de soins est inférieur par rapport au reste du Canada a permis de débattre de plusieurs problématiques vécues au quotidien dans tous les milieux. Malgré la diversité des domaines de pratique des participantes et participants de mon groupe, j’ai été surprise de constater la similarité de nos idées. Souvent, malgré quelques points de vue divergeant, les échanges se poursuivaient dans le plus grand des respects. Voir et vivre cette empathie commune pour la cause de cette belle profession a provoqué chez moi un sentiment de fierté et de reconnaissance de pratiquer ce métier malgré les difficultés actuelles.

À la suite des ateliers, la mise en commun des idées, des commentaires et des réflexions de tous les groupes ont été rassemblés en panels portant sur chaque thématique de départ. De beaux constats transversaux ont été retenus. Les discussions de la veille ont permis de soulever que le statu quo sur la situation actuelle de l’expertise infirmière n’était plus possible. Aussi, des divergences flagrantes au niveau national sur l’application et l’utilisation de la profession ont été constatées. Certains membres du personnel infirmier sont encore considérés comme des exécutants sans pouvoir appliquer leur plein champ d’exercice. L’infirmière ou l’infirmier est une ou un spécialiste et doit pouvoir utiliser sa pleine autonomie selon les activités réservées qui lui ont été confiées et pour lesquelles des responsabilités lui ont été attribuées. Le rehaussement de la formation de base et de la norme d’entrée à la profession a aussi été unanime, mais plusieurs enjeux et préoccupations concernant le déploiement de cet important changement ont été verbalisés. Enfin, comme ce sujet d’actualité risque de prendre de l’ampleur dans les prochaines années, le problème de pénurie de main-d’œuvre ne pouvait pas être écarté. Toutefois, ce qui est ressorti autant de l’avis citoyen que des ateliers, c’est que le problème ne serait pas la pénurie de personnel infirmier, mais plutôt son manque de gestion. C’est ce qui m’a le plus marquée et qui a eu beaucoup de sens à mes yeux, surtout dans le contexte actuel. Il faudrait peut-être commencer à intervenir en amont pour tenter de conserver les ressources déjà présentes et rendre le domaine attrayant pour recruter la relève. 

Enfin, j’ai pu constater que le processus des États généraux de la profession infirmière était très rigoureux. J’ai aussi été étonnée de voir l’ampleur de cette démarche, mais aussi de constater le grand nombre de personnes mobilisées et prêtes à travailler pour faire avancer cette profession. Je ne regrette en rien ma participation qui fut remplie d’espoir de faire changer les choses. Même si les étapes futures risquent d’être longues, remplies d’embûches et de défis, j’ai confiance de voir la reconnaissance de notre expertise dans les prochaines générations et aussi que les travaux d’aujourd’hui bénéficieront à l’avenir de la profession, mais aussi à la population.

Véronique Lachance, membre du Conseil de l’ORIIAT

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